Avis lecture [Roman ; SP] La Belle assise

La Belle assise
La Belle assise

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Jean-Yves tombe amoureux d’une fille paraplégique, Emma, chaperonnée par sa tante. La mère de Jean-Yves, veuve, s’oppose à cette liaison… À tort ou à raison ?
Laissez-vous tenter par une intrigue alambiquée, un thriller romantique où les relations familiales sont au cœur de sombres machinations. Ouvrez la boite de Pandore infernale et découvrez, stupéfaits, un dénouement inattendu !

Parler de La Belle assise de Brice Milan, c’est accepter de se laisser surprendre. J’ai ouvert ce roman en pensant lire une histoire douce, presque tranquille, une rencontre comme il en existe tant. Et puis, très vite, quelque chose s’installe. Une tension discrète, un malaise feutré, l’impression que tout n’est pas exactement à sa place.

On suit Jean-Yves Devalière, un homme dont la vie semble figée, confortable, sans aspérités apparentes. Sa rencontre avec Emma Valence, jeune femme paraplégique, a la délicatesse d’un moment suspendu. Il y a de la retenue, de la curiosité, une attirance qui ne cherche pas à forcer. Ce qui m’a touchée ici, c’est la justesse du regard porté sur Emma. Elle n’est jamais réduite à son handicap. Elle existe par ses choix, son caractère, sa manière d’être au monde. Rien n’est appuyé, rien n’est démonstratif. C’est simplement humain.

L’écriture de Brice Milan prend son temps. Elle observe, elle détaille, elle laisse les émotions affleurer sans les souligner. Cette lenteur peut désarçonner, surtout au début, mais elle installe une atmosphère particulière, presque cotonneuse, dans laquelle on finit par se glisser malgré soi. Les personnages se dévoilent par fragments, parfois à travers leurs propres pensées, parfois à travers le regard des autres. Ce choix de multiplier les points de vue apporte une vraie richesse au récit. On comprend mieux les tensions familiales, les non-dits, les peurs et les attentes de chacun.

C’est aussi là que le roman peut perdre un peu le lecteur. À force de changer de regard, l’attachement met plus de temps à se créer. J’ai eu besoin de quelques chapitres pour vraiment m’ancrer dans l’histoire, pour sentir vers qui allait ma sympathie, qui me dérangeait, qui me mettait mal à l’aise. Mais une fois ce cap passé, le récit devient plus prenant, presque insidieux.

Car La Belle assise n’est pas seulement une histoire de rencontre. Peu à peu, le vernis se craquelle. Des intentions moins nobles apparaissent, des stratégies se dessinent, et l’on glisse doucement vers quelque chose de plus sombre. Le roman interroge le contrôle, l’emprise familiale, le poids de l’argent et des apparences. Certaines figures, notamment parentales, deviennent troublantes par leur ambiguïté. On doute, on soupçonne, on se demande jusqu’où chacun est prêt à aller.

J’ai beaucoup aimé cette manière de faire monter la tension sans effets spectaculaires. Tout se joue dans les regards, les silences, les décisions apparemment anodines. En revanche, j’ai parfois ressenti quelques longueurs, des passages où l’introspection prend le pas sur l’action et ralentit un peu le rythme. Rien de rédhibitoire, mais cela demande une lecture attentive et patiente.

La Belle assise est un roman qui ne cherche pas à séduire à tout prix. Il propose une histoire nuancée, inconfortable par moments, mais sincère. Il parle de relations humaines dans ce qu’elles ont de plus fragile et de plus dérangeant. Ce n’est pas un coup de cœur immédiat, mais une lecture qui laisse une trace, qui continue de faire réfléchir une fois le livre refermé. Et parfois, c’est exactement ce que l’on attend d’un roman.

Le liras-tu ?

Lorsqu’on est enfermé, le temps semble suspendu. Les bruits de l’extérieur parvenaient étouffés, anormalement lointains. La lumière blafarde de l’ampoule projetait ses ombres indistinctes. Depuis mon emprisonnement, l’impression tenace que plus un siècle ne s’écoulerait m’obsédait. J’en arrivais même à douter de ma propre existence.


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2 Comments

  1. Brice Milan

    Merci, Anouk, pour cette chronique très bien écrite.

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