Lorsqu’il faut réapprendre un geste

Tu te souviens de l’époque où écrire était un geste automatique ?
Prendre un stylo, aligner des lettres, écrire un mot sans y penser… Puis, un jour, ce geste s’efface. La main dominante refuse d’obéir. Elle tremble, se crispe, lâche. Elle ne peut plus. Et alors, il ne reste que l’autre.
Celle que l’on a toujours appelée « la mauvaise main ».

C’est avec elle, désormais, que tout commence.
Et c’est une toute nouvelle histoire à écrire.


La rééducation d’un geste oublié

On croit souvent qu’écrire, c’est juste une question d’esprit.
Mais écrire, c’est d’abord un mouvement. Un muscle qui trace. Une habitude nerveuse. Un souvenir corporel.

Quand j’ai dû me tourner vers ma main gauche parce que la droite ne voulait plus suivre, j’ai eu l’impression de régresser de plusieurs décennies. Revenir à l’école. Apprendre à faire une boucle, une lettre, une ligne. Écrire une simple phrase devenait une épreuve de lenteur et de frustration.

Chaque lettre penchait. Chaque mot tanguait.
Il y avait des ratures. Des erreurs. Des pages entières illisibles. Et surtout… un découragement tenace. Une voix intérieure qui disait : “Tu n’y arriveras pas. Ce n’est pas naturel.”

Mais avec le temps, la main gauche a commencé à prendre confiance.
Elle a trouvé son propre rythme.
Elle a tremblé, souvent.
Mais elle a tenu bon.


Le temps qu’il faut… et celui que l’on apprend à s’offrir

Écrire avec sa mauvaise main, c’est surtout réapprendre la patience.
Ce n’est pas juste plus lent : c’est plus exigeant. Plus fatiguant. Chaque mot coûte de l’énergie, de la concentration. Et certains jours, la douleur s’invite. L’épaule tire. Le poignet brûle. Les doigts fatiguent plus vite qu’on ne l’aurait cru.

Alors on apprend à poser le stylo, à relâcher.
On apprend à écouter ce nouveau corps qui se reconstruit à l’envers. On découvre l’importance de bien s’installer, d’adapter son matériel, de se ménager.

Ce n’est pas un luxe, c’est une nécessité.


Ce que l’on gagne, malgré tout

Étrangement, en perdant la main dite « normale », ma dominante, j’ai gagné autre chose :

  • Un regard neuf sur l’acte d’écrire
  • Une humilité que je n’aurais jamais cherchée
  • Une attention au geste, à la forme, à l’intention

Parce qu’écrire devient sacré quand on ne peut plus le faire “comme avant”.
Chaque mot devient un choix.
Chaque phrase est une victoire.

Et cette maladresse nouvelle, cette lenteur imposée, elle n’est pas ridicule.
Elle est authentique.

Il y a une forme de poésie dans ces lettres tremblantes.
Une force discrète dans ces mots gravés à contre-courant.


Laisser place aux ratés et les honorer

Il y aura des pages moches.
Des jours sans mot.
Des douleurs qui coupent l’élan.
Mais il y aura aussi des lignes inattendues. Des tournures nouvelles. Des mots plus vrais, nés d’un effort sincère.

Il faut se donner le droit de rater.
De faire de travers.
D’être lent.e, maladroit.e, épuisé.e… mais présent.e.

Parce qu’on ne mesure pas un texte à la vitesse de sa création, mais à l’âme qu’il porte.


En conclusion : quand la main s’adapte, l’esprit s’ouvre

La main gauche – ma main gauche – n’est plus “la mauvaise main”.
C’est devenue celle qui a appris à aimer écrire, autrement. Celle qui trace, doucement mais sûrement, le récit de ma résilience.

Alors si toi aussi tu dois composer avec un corps rétif, une main capricieuse ou une fatigue constante…
Sache que tu n’es pas seul.e.
Et que ce que tu écris, même lentement, même maladroitement…
Ça compte.
Ça a du poids.
Ça a du sens.


Et toi ?
As-tu déjà dû écrire avec ta main non dominante ? Ressens-tu aussi ce mélange de frustration, de fierté, et d’adaptation ?
Je t’invite à partager ton expérience. Parce que dans ces récits un peu cabossés, un peu marginaux, se cache souvent une lumière que l’on ne trouve nulle part ailleurs.


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2 Comments

  1. EvvySwann

    Un texte tellement puissant qui retrace ton parcours et surtout ton courage ✨️

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